Rythmes scolaires

Ayant participé au titre du SE-Unsa à une table ronde à l’Assemblée nationale sur les rythmes scolaires dans le second degré le mardi 10 novembre et à laquelle participaient tous les représentants des syndicats enseignants et des chefs d’établissement, dans le cadre de la consultation nationale, je vous livre ici un compte-rendu et quelques réflexions. Présidée par Michèle Tabarot, député des Alpes-Maritimes, cette commission parlementaire comprend également six parlementaires dont Jacques Grosperrin, député du Doubs.

Programmée jusqu’en décembre cette consultation sera suivie d’un rapport de synthèse établi par le comité de pilotage, présidé par Christian Forestier, et donnera lieu à des décisions gouvernementales et un calendrier en mai 2011. Remarquons au passage que l’expérimentation d’un nouveau rythme dans 100 collèges et lycées : “cours le matin, activités sportives et culturelles l’après-midi” sur laquelle le ministre avait beaucoup communiquée en cette rentrée et qui doit se poursuivre jusqu’en 2012, ne servira pas à éclairer les décisions à prendre en 2011 !

Ce débat est justifié pour le ministère par un double constat :

>Le système scolaire français compte l’un des plus grand nombres d’heures de cours en Europe. 1153 dans le second degré contre une moyenne de 941 dans les pays de l’OCDE. Et ces heures sont réparties sur un nombre de jours de classe parmi les plus bas.

>Les journées de cours sont trop longues pour les élèves. Ce rythme génère fatigue et stress. Il a des conséquences sur les résultats des élèves et sur le climat des établissements scolaires.

Ces données sont confirmées par de nombreux spécialistes. «Les pays qui ont les meilleurs résultats aux tests Pisa comme le Japon, la Finlande ou la Suède, ont beaucoup moins d’heures et elles sont plus dispersées, souligne Claude Lelièvre, historien de l’éducation. Un élève français passe 142 jours par an en classe contre 190 en moyenne dans les pays de l’OCDE. En un siècle, on a perdu un tiers du temps d’école.» «A l’école, tout est compressé, les élèves n’ont pas le temps de respirer, poursuit René Clarisse, chronopsychologue. Il faut laisser le temps au temps.»

Dans un premier temps chaque syndicat a fait part de ses positions. Je les résume en m’efforçant de ne pas caricaturer. Par ordre des interventions : Fo s’est étonné que l’on parle de rythmes alors que frappent les suppressions de postes et la masterisation. Fo se dit attaché au cadre national et aux statuts des fonctionnaires. Le Snalc s’est prononcé pour un enseignement de culture, pour conserver les heures des disciplines en l’état et pour le développement d’une politique d’internats. Le Snpden (chefs d’établissement) estime que ce débat fait partie d’un ensemble de mesures à prendre pour améliorer le fonctionnement du système. Le Sgen s’affiche pour un débat transparent et s’estime ouvert à des améliorations à condition de revoir le fonctionnement même des établissements. Le SE-Unsa entend par delà les contraintes diverses participer à l’amélioration des rythmes de l’élève en rééxaminant les formes d’apprentissages et en variant les méthodes de travail (cours, groupes, atelier, travail personnel). Le Snes dénonce un débat biaisé, exprime son attachement aux disciplines et refuse un abaissement du temps scolaire car selon lui l’inégalité réside dans le temps hors scolaire. Même position exprimée par le représentant du Snep (EPS).

Après cette présentation, la discussion est relancée par Jacques Grosperrin sur trois questions principalement :

>Faut-il raccourcir la journée de l’élève et raccourcir les vacances d’été afin de conserver le principe du 7+2 (7 semaines de travail et 2 semaines de congés) ?

>Faut-il donner plus d’autonomie aux établissements ?

>Faut-il revoir le service des enseignants du second degré (décret de 1950 sur les 18h et 15h) et institutionnaliser un temps de présence de 26h ?

Sur la durée des congés d’été, aucun représentant ne s’est prononcé pour le raccourcissement. Sur l’autonomie, tous ont exprimé leur attachement au cadre national de l’institution. Le Sgen et le SE-Unsa ont souhaité une relative autonomie laissée aux établissements. Fo et le Snalc y sont opposés. Le Snes ne s’est pas exprimé. C’est sur le service des enseignants que la discussion a principalement porté. Pour le Sgen, il faut reconnaître les différentes missions des enseignants et ouvrir la discussion sur cet aspect. Pour le SE-Unsa, il faut intégrer dans le temps de service des enseignants les différentes tâches et missions que font déjà les enseignants. Il reste à définir les équilibres entre temps de cours et temps de présence dans l’établissement si l’on veut donner les moyens d’un vrai travail d’équipe. Mais il faut aussi revoir les contenus et les modes d’évaluation des élèves. Le Snes s’est déclaré ouvert à la reconnaissance des missions nouvelles des enseignants et n’entend pas fermer la porte à des discussions sur le service des enseignants. Fo et Snalc y sont a priori opposés. C’est sur cette question que s’est terminée la réunion.

Cette table ronde a montré que la question des rythmes scolaires ne pouvait être réduite à celle de l’organisation de la semaine et de l’année scolaire. Elle est plutôt une entrée à un débat plus général concernant le rôle et les exigences du système scolaire d’aujourd’hui. Le collège du socle commun, étape ultime de la scolarisation obligatoire, doit se construire et trouver de nouvelles formes afin de réduire les inégalités et fournir des solutions à la persistance d’un échec scolaire inquiétant. C’est son fonctionnement dans son ensemble qui doit être réformé.

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2 commentaires pour Rythmes scolaires

  1. patou dit :

    A propos des horaires scolaires, quand on compare le système français aux autres pays européens, il me semble que l’on compare des réalités différentes. En effet, au lieu de parler d’heures de cours, on devrait parler des différents enseignements. Ainsi, on se rendrait compte que ce qui semble « plomber » nos horaires est dû au fait que des enseignements comme le sport, l’éducation musicale ou les arts plastiques sont assurés dans l’horaire obligatoire! Je ne vois pas en quoi s’aligner sur les autres pays serait un progrès! De la même façon, racourcir les horaires quotidiens ressemble souvent à rallonger les heures de garderie…

  2. ce qui suppose, au vu des commentaires, que EPS, musique arts Pl ne seraient pas des enseignements, donc du « plombage », donc du superlu…

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