Roger-François Gauthier au colloque du SE-Unsa

Roger-François Gauthier ouvrira le mercredi 12 janvier notre colloque « Imaginons le collège de demain ». Pour nous mettre en appétit, il nous livre ici quelques-unes des stimulantes réflexions qui parcourront son exposé centré sur la question des contenus d’enseignement au collège.

L’état des lieux est grave, et ce n’est pas nouveau : si une décision politique importante a été prise en 1975 de créer le « collège unique », on ne peut qu’être préoccupé 35 ans plus tard de voir que ce collège est non seulement un lieu fréquent de souffrance pour les élèves, les professeurs ou les familles, mais aussi un lieu où se constitue et s’entretient un échec collectif national de l’école de France. L’école aimerait bien que son pouvoir lui permette de contester les inégalités sociales, alors qu’elle constate que bien souvent elle les conforte ; l’école aimerait bien être le terreau d’une citoyenneté généreuse et de l’accès le plus large aux études et aux qualifications, alors qu’elle constate que beaucoup trop de ses élèves sont laissés sur le côté.

Depuis 35 ans, comment tout cela a-t-il été conduit ? Un certain nombre de propositions politiques ont été faites, au fil des années, qui tenaient des arrangements plutôt que des principes : gouvernement par notes de services plutôt que par la loi, mise en place de différentes « pédagogies du détour » aux effets méconnus, idéologie de classes hétérogènes contredites par des projets d’établissement créant des classes ouvertement sélectives, changements sans fin ni raison des programmes d’enseignement, développement de différentes modalités de discrimination positive, notamment autour de l’éducation prioritaire, qui d’un certain côté signe peut-être trop vite la fin d’un modèle commun.

Le pire est bien sûr que tout cela est terriblement piégeant, puisque du fait qu’on n’a pas voulu achever la construction du collège unique en reposant un certain nombre de questions de principe, certains concluent des difficultés constatées qu’il faut abandonner l’idée même de l’école pour tous, orienter les élèves de façon précoce, voire créer un examen d’entrée en sixième.

Mais une autre proposition s’est faite jour, qui a en partie renouvelé la donne. Suite à un grand débat national et à l’intervention exceptionnelle du Législateur, en 2005, une innovation, majeure, au potentiel important, est apparue : le socle commun de connaissances et de compétences en fin de scolarité obligatoire. En quoi une innovation ? Est-ce le dernier des gadgets, que le vent emportera ? Sommes-nous les seuls à poser ce type de questions ? Est-ce une menace de « marchandisation » de l’école avec l’introduction de mots qui font peur, comme celui de « compétence » ? Est-ce une menace de l’irruption au sein de l’école française de modèles étrangers qui risquent de nous déposséder ?

Un des problèmes n’est-il pas d’ailleurs que, depuis 2005, l’institution n’a pas vraiment toujours aidé les professionnels en les armant intellectuellement face à ces questions tellement légitimes ? D’où l’importance d’une réflexion au sein d’une organisation professionnelle.

Mais ne nous méprenons pas : il n’y aura pas de baguette magique du socle, même s’il est mis en œuvre de façon plus méthodique, en réglant en particulier les problèmes actuels de cohabitation dangereuse entre deux modèles, le modèle des programmes traditionnels et du brevet des collèges de type « moyennant » en face du modèle du socle et de l’évaluation des compétences.

On peut en effet considérer que, socle ou pas socle, mais plus nettement encore avec le socle, il existe deux types de questions qui au fil des années, pour des motifs divers, ont été soigneusement contournées : celle des contenus d’enseignement et celle des modalités et du sens de l’évaluation des élèves.

Questions éminemment professionnelles, dont il est fondamental que les organisations professionnelles se saisissent : en un mot, parce qu’il ne faut pas se cacher que les grands clivages du monde enseignant depuis 50 ans ont porté là-dessus, sommes-nous les Brahmanes d’un « enseignement secondaire » hérité d’un autre temps, prêts à crier au SMIC culturel dès qu’on conteste ce modèle ? Avec les mêmes questions sur les notes, les calculs de moyenne, les décisions d’orientation, qui conjuguent étonnamment le verbe « orienter » à la voix passive.

Questions éminemment politiques aussi, c’est-à-dire dont les professionnels, quelle que  soit l’importance de leur formation et de leur réflexion collective, notamment à l’échelle de l’établissement, ne doivent pas se considérer comme les propriétaires. La grande question est celle de savoir si la Nation proposera dans les années qui viennent (et le socle en est sans doute une bonne occasion) un sens assez fort pour l’école pour que les enseignants en soient considérés certes non comme les propriétaires, mais comme les porteurs principaux.

Roger-François Gauthier est consultant à l’UNSECO et professeur associé à l’université Paris V.

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